Le topic des reviews ciné

Merci de l’explication, la comparaison Iori est claire comme de l’eau de roche.
Pffff, décidément, Star Wars… Jamais compris.

Mais il est joué par Pedro Pascal. Donc c’est un bonus quand même.

Prendre l’avion est aussi un excellent moyen pour rattraper son retard ciné, j’ai du m’en enfiler 6 en tout mais j’en ai vraiment retenu 2 :

Avengers (le final) : ahah je déconne, que ces films sont boursouflés et difficiles à digérer, ça doit pas être facile à faire hein, mais le résultat ne laisse aucun gout dans la bouche, alors qu’a l’opposé j’ai adoré les gardiens de la galaxie 2 \o/, voilà comment on fait du cinéma, il y a un vrai background, de vrais blagues, les personnages sont épais, on a envie de creuser le lore, c’est superbement réalisé, du très beau travail. Vivement le 3.

J’ai également beaucoup aimé Vice d’ Adam McKay, qui raconte la montée en puissance de Dick Cheney, même si on en sort avec une déprime un peu plus grosse qu’avant quand on se rend compte de l’impact que peut avoir un seul homme sur le monde entier, et qu’on est complètement impuissant pour faire changer les choses.

Once Upon A Time In… Hollywood

Les galères d’un acteur has-been et de son imperturbable pote doublure-cascadeur dans le Hollywood de 1969 en pleine révolution sexuelle et culturelle.

Pas mal de scènes assez chouettes, surtout en caisse (on sous-estime beaucoup le rapport de Tarantino aux bagnoles, c’est souvent ses meilleurs scènes). Tarantino a un talent extraordinaire pour sexualiser ses personnages ; Robbie et Qualley sont vraiment pfouyayayaya pendant tout le film, Brad Pitt aussi. Les acteurs jouent bien. La musique est top. Les références cinéphiles sont sans surprise délicieuses. La chienne est cool, même si j’ai trouvé assez parlant que ce soit littéralement le seul perso féminin qui ne mette à aucun moment les deux protagonistes en danger physique, économique, juridique ou émotionnel. J’ai beaucoup plus aimé les deux passages citant des films de zombies pour les « confrontations » avec les hippies que tout le reste du film. J’ai bien envie de revoir OUATIH, ou plutôt les différentes scènes de OUATIH, comme on mange du pop corn ; un plaisir coupable dans les bonnes circonstances. Ça vaut surtout le coup pour sa reconstruction fétichiste du Los Angeles de 1969.

Mais sinon j’ai trouvé le film un peu pauvre, peut-être parce qu’il cite et s’amuse bien plus qu’il ne construit quoi que ce soit. J’en sors surtout assez déçu tant l’ombre d’Inherent Vice assombrit le tableau. Impossible au bout d’une grosse demi-heure de me sortir de la tête le film de PTA qui faisait presque tout mieux avec des thèmes étonnamment proches. Si vous comptez bien, cela veut dire que j’ai passé environ deux heures à souffrir de la comparaison. Et à froid, je repense d’avantage ce week-end à Inherent Vice qu’à OUATIH. Ça ne devrait pas fonctionner comme ça…

Le seul truc qui me fait tiquer a posteriori concernant le film de Tarantino, et au sujet duquel je ne trouve pas de discussions à ma légère surprise, c’est sa décision de ne jamais montrer l’équipe de tournage. C’est clairement volontaire : la note d’intention est épinglée dès la scène de l’entretien TV avec les deux larrons au début et le plan / contre-plan illogique. Je me demande si c’est un simple souci logistique, un choix esthétique ou quelque chose de plus profond. Mais je crois que le détail en dit beaucoup sur le film et les préoccupations de Tarantino.

天気の子 / Weathering with You

(Je n’ai pas trouvé le titre français.) J’ai eu l’occasion de voir le nouveau Shinkai avec @Nuage il y a quelques jours. L’intrigue est encore une fois un mélange de conte fantastique romantique et de shintoïsme : dans un Tokyo assommé depuis plusieurs mois par des pluies diluviennes, un ado en fugue de sa campagne tombe sur une jeune fille capable de calmer les éléments et de faire réapparaître quelques rayons de soleil à la demande. Les deux décident d’en faire un petit business, sans se douter des conséquences.

Honnêtement, je m’attendais à un Kimi no na Wa-bis et je suis soulagé que le film soit un peu plus ambitieux, un peu plus casse-gueule. C’est peu dire que tout ne fonctionne pas ; il y a plein de problèmes dans le script, certains fils de l’intrigue semblent laissés sur le chemin et on a l’impression de voir l’adaptation contrariée en long métrage d’un manga beaucoup plus long. (Dommage que Netflix n’ait pas allongé les thunes pour en faire une mini-série.)

A peu près tous les « antagonistes » au sens large — disons plutôt les barrières humaines sur le chemin des héros — sont débiles et incompétents jusqu’à l’absurde quand ça arrange bien le film. Impossible aussi de rester concentré sur l’intrigue quand les contraintes théoriques de l’univers présenté semblent parfois ne faire aucun sens et oublient s’attarder sur des problèmes logistiques fascinants mais dont Shinkai semble n’avoir rien à secouer.

Spoiler

A la fin du film, que foutent tous ces gens à Tokyo ? C’est mignon de montrer les bateaux ayant remplacé les trains JR, mais il y a plein d’autres problèmes !? Comment Tepco fournit ces immeubles en électricité ? Comment gère-t-on les vivres ? Il devrait y avoir des recrudescences de maladies, un retour de la malaria, des tonnes de moustiques ? Pourquoi est-ce que l’île du héros n’est pas submergée également ? J’ai des millions de questions. C’est débilissime. C’est bien trop gros pour être balayé d’un revers de la main. C’est littéralement ta gueule c’est magique!, en plus.

Mais le grand succès du film, c’est son Ma Tokyo Shinkai au firmament : son porn urbain glorifié par un budget infini et un nombre mirobolant de collaborations et droits d’image accordés au film. 90% des marques et immeubles sont les vrais ; les musiques sont les vraies ; les néons et enseignes sont les vrais ; les paquets de putain de chips sont les vrais. On n’a jamais vu un dessin animé reproduire avec autant de fidélité la réalité photographique d’un certain moment d’un pays, et au delà des considérations de publicité intrusive, c’est assez jouissif.


Deux films qui gagnent beaucoup à être vus avec une bonne connaissance de la ville qu’ils mettent en scène, donc. C’était déjà le cas de Parasites à Séoul. Bonne année cinématographique pour la critique urbaniste.

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The Fanatic, un nouveau chef d’œuvre en perspective. La critique divulgâche l’intrigue du film mais je n’ai pas l’impression que ce soit un gros problème pour en apprécier le visionnage.

Si vous voulez bachoter les 19 dernières années de cinéma, The Guardian a de quoi en stock. J’ai du en voir un bon gros tiers.

Je suis pas évidemment pas d’accord avec certains choix, mais There will be Blood, Moonlight et Boyhood tout en haut, c’est du solide. In the Mood of Love moins. Son of Saul et Leviathan auraient dû par contre être dans le top 10 pour moi, surtout le premier.

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Merci pour le lien. C’est toujours intéressant de voir une telle différence entre la critique anglo-saxonne et la critique française. Pas mal de films de cette liste ne pourraient même pas se retrouver dans un best of plus élargi en france si cela avait lieu d être.

Pour ce qui est des USA, je suis étonné de ne pas retrouver le the yards de James Gray ou le Collateral de Michael Mann…mais c’est le jeu.

@aliochou @Username1 Je pense qu’il vaut mieux lire ça comme « 100 films de la décennie qu’il faut avoir vus » pour éviter de mettre en ébullition sa pression sanguine. Je les trouve en tout cas incroyablement généreux avec ces deux dernières décennies anglo-saxonnes ; il y a un paquet de films OSEF/copinage qui auraient pu être remplacés par des films européens ou asiatiques.



C’est collatéral (hihi) au sujet de ce topic mais chouette rétrospective de la guerre Blu-Ray vs HD-DVD et du désormais mythique lecteur externe de la Xbox 360, que je regrette de ne pas avoir acheté pour un sandwich quand ils se débarrassaient des stocks.

Notez une petite erreur technique, ce n’est pas la chaleur qui rend le laser bleu meilleur mais sa longueur d’onde. Sinon c’est bizarre de revenir à une époque où le soutien de Disney n’aurait pas suffi à consacrer l’un des formats.



En parlant de Disney, trois trucs intéressants se sont passés cette semaine, et sont interconnectés.

D’abord, Bob Iger (le patron de Disney) sort un bouquin de mémoires dans lequel il révèle notamment que George Lucas s’est senti trahi par les épisodes 7 à 9 car ils n’ont rien à voir avec la direction qu’il avait suggérée (et vendue) pendant son deal avec Disney.

On y apprend aussi que Lucas n’est pas sous contrat avec les avocats de Disney concernant une clause de non-dénigrement. En gros : il a le droit de dire du mal des nouveaux films si ça lui chante. Il a juste donné sa parole à Iger et Kennedy qu’il n’avait aucun intérêt à chier sur les films en public puisqu’il a reçu un paquet d’actions Disney dans la vente et qu’il le vit plutôt bien. Lucas a pour l’instant tenu parole puisque le seul commentaire public qu’il ait jamais donné concernant la nouvelle trilogie est qu’Episode VII a été « fort joliment filmé » (quel enthousiasme !).

L’autre truc intéressant de cet article, qui a probablement dû montrer patte blanche à Disney pour avoir accès à ces bonnes feuilles en exclu, c’est qu’on y décèle les éléments de language d’un premier aveu de semi-échec de la part de Disney concernant la stratégie globale de première vague Disney’s Star Wars, notamment les problèmes de production qui ont marqué quasiment tous les films (sauf Episode VIII), l’abandon de nombreux projets annexes après la fraîche réception d’Episode VIII et l’échec de Solo, et les galères de Galaxy’s Edge.



Et justement, comme par hasard, on apprenait aussi cette semaine dans The Hollywood Reporter que Kevin Feige (le grand manitou du Marvel Cinematic Universe) rejoint officiellement le projet Star Wars aux côtés de Kathlyn Kennedy — officiellement avec la bénédiction de cette dernière, mais bon. Officiellement, ça s’en tient à un film. Mais vu que le talent reconnu de Feige est précisément de créer une architecture de productions permettant la mise en place de différents films à différentes échelles, je pense que personne n’est dupe.




Et enfin, bouclons la boucle avec Sony, Disney et Marvel/Feige dans la même affaire : tous ces philanthropes ont sans grande surprise fini par trouver un accord concernant la participation de Spider-Man dans le Marvel Cinematic Universe.

The new deal was signed late on Thursday night. Negotiations involved top players from both studios, including Sony Pictures chief Tom Rothman, Feige and Walt Disney Studios co-chairs Alan Horn and Alan Bergman. In exchange for lending Feige’s producing prowess, Marvel and Disney will receive roughly 25% of the profits, according to insiders. Disney will retain its merchandising rights and will put up roughly a quarter of the financing. As part of the arrangement, Spider-Man will also appear in one future Marvel Studios film.

The film is scheduled for release on July 16, 2021. Amy Pascal will also produce through Pascal Pictures, as she has on the first two Holland-led films.

Comme d’hab’, la chaîne Hoeg Law (du cabinet d’avocats du même nom) a une analyse intéressante de tout ce bousin.

Vu Once Upon A Time in Hollywood dix ans après tout le monde, et j’ai trouvé ça super, mais mes goûts en matière de Tarantino sont pas du tout sophistiqués, genre j’adore Hateful Eight, je me souviens plus trop de Jackie Brown et je trouve que Di Caprio joue bien dans sa grande scène du méchant alors qu’a posteriori je pense que c’est fait pour se foutre de la gueule du perso, bref, je finirai pas juré aux Césars.

La fin:

Spoiler

Tel un ravi de la crèche j’ai pas du tout venir le truc, pourtant évident, et je ne sais toujours pas si c’est couillu ou juste dégueulasse. On me dit qu’il a demandé la permission à Polanski avant de filmer, est-ce que ça le dédouane pour autant ? Qu’est-ce que ça donnerait si quelqu’un faisait un film sur le drame de Vilnius où un preneur de son débarque dans la chambre d’hôtel pour coller une branlée à Cantat ? Je sais pas trop où me situer franchement, ça me met quand même un peu mal à l’aise…

Y a à boire et à manger, le début du film patauge un peu, les trames ne se rejoignent pas, et puis arrive la scène où Brad Pitt débarque dans la communauté hippie et cette séquence est vraiment magistrale, tout en longueur, un équilibre parfait entre comédie et tension dramatique. Tout ce qui vient après est très drôle, le moment où ils commentent par-dessus le film en bouffant de la pizza, c’est du Beavis and Butthead by the book et je trouve que ces perdants magnifiques ont finalement un côté Coen plus que Tarantino, deux gros losers à la Lebowski, enfin bref ça me fait rire. La BO est plus évidente que d’habitude, le production design peut-être moins inventif, mais quelle incroyable époque à dépeindre à l’écran, vraiment la fin des 60s aux States coco tu peux pas test.

Et je m’en fous qu’il kiffe les nanas aux pieds cracras, les fétichistes des pieds sont une minorité comme les autres, les gens qui veulent du female gaze goudou peuvent aller voir du Céline Sciamma et c’est très bien comme ça.

Me suis endormi pendant dix minutes devant Ad Astra, l’odyssée spatiale de James Gray, qui pour le coup est vraiment une odyssée, dans sa trajectoire comme dans les étapes qui jonchent le parcours de son héros (alors que 2001, ben c’est pas une odyssée…).

James Gray c’est pas compliqué, à chaque fois la critique française est unanime, à chaque fois je vais au cinoche voir le film et je trouve ça à la fois très élégant et quand même un peu chiant (sauf Two Lovers, mais c’est à part dans sa filmo). Donc comme d’habitude, James fait un truc élégiaque, lent et cérébral, tout à son amour du nouvel Hollywood (Apocalypse Now dans le cas présent). Il y a objectivement des scènes superbes, surtout au début, une arrivée sur une Lune gangrenée par le capitalisme, une poursuite de lunar rovers à la Mad Max, un petit passage horrifique bien malinou, mais pour le fond psychologique de cette histoire, y a pas grand-chose à sauver, et le tout est plombé par la voix off la plus démonstrative de l’univers. On voit bien ce qu’il cherche, la puissance mythologique, tout ça, mais bon pour moi ça marchait pas des masses.

Par contre, il y a eu des super papiers autour de lui, notamment une excellente interview dans Libé où il revient broucouille et en proie au doute de Venise, on a l’impression qu’il est en craquage total.

Et un super longform dans The New Yorker, où j’ai appris abasourdi qu’il pouvait pas faire trois pas dans la rue en France sans que les gens se jettent sur lui comme si c’était Brad Pitt (ceux qui peuvent distinguer James Gray d’un prof de français de collège, levez la main).

Vraiment ces deux papiers sont hyper bien, je les recommande vachement plus que le film. Niveau SF cérébrale le Claire Denis était beaucoup mieux. Ah, et pour les fans de hard SF, fuyez, c’est la fête du n’importe quoi.

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Ah putain, tu m’as pêté tous mes espoirs là. Bon je vais aller le voir quand même cette semaine, mais ouin.

Merde, moi aussi j’étais dedans jusqu’à ce que tu dises ça. BON.

Non mais c’est pas inintéressant non plus, et puis c’est pas tous les jours qu’on a de la sf sérieuse avec un budget correct (80 millions), faut le soutenir ! Mais effectivement c’est un peu n’imp de ce point de vue.

Un article assez accablant sur le bilan funèbre de la saga cinématographique Resident Evil (six films, quinze hospitalisations, un mort) et sur les dangers quotidiens du métier de cascadeur à Hollywood.

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Personne n’a vu Midsommar ? J’ai trouvé ça super. Vraiment, je mets tout mon blé sur Ari Aster et Robert Eggers dans la catégorie “horreur de festival”.

Le scénar’ est grillé à quinze mille, les persos n’arrêtent pas de prendre des décisions débiles, ça dure deux heures et demi avec pas mal de mou, mais putain cette réal’… Pour moi c’est vraiment un des meilleurs cadreurs en activité. Plein de jeux de symétrie et de travellings langoureux, c’est vraiment beau à regarder.

Je ne dirais pas que c’est du film d’horreur, il y a très peu de tension et presque pas de sang, on est plutôt dans un gros trip psychédélique en pays nordique. Le world building est au top, énormément de boulot dans les costumes, l’architecture, les petits dessins, même la chorégraphie ou la direction d’acteurs, qui font que l’ensemble garde un côté ésotérique et intrigant. Enormément de gimmicks de post prod aussi (décor qui respire, etc.) que je n’ai pas trouvés trop invasifs.

Inutile de regarder ça en avion ou sur une tablette, mais si ça passe près de chez vous et que vous aimez les trucs un peu radicaux tendance Jodo-New Age, je pense que vous kifferez grave.

Conversation entre Aster et Eggers un peu avant la sortie du film.

Toy Story 4

J’ai beaucoup chié sur Pixar sur ce topic par le passé, à peu près depuis Brave et notamment pendant la période Inside Out qui pour moi est le moment Open World Ubisoft du studio, capable d’appliquer cyniquement à n’importe quel sujet la même formule narrative sans aucun remord créatif.

C’est pourquoi je suis absolument épaté par Toy Story 4, pourtant écrit par une partie de la même équipe. On aurait pu croire qu’il n’y avait franchement plus rien à dire sur Woody et Buzz l’Eclair, notamment après la fin assez magistrale de Toy Story 3 qui semblait clore assez pertinemment la trilogie. Et pourtant, ils ont trouvé un sujet, des thèmes et des personnages assez intéressants pour justifier un quatrième ticket : les jouets ont été filés à un nouvel enfant et Woody a énormément de mal à se faire à sa nouvelle situation, mais va soudainement se transformer en mentor et chevalier blanc du nouveau jouet-chouchou de sa gamine d’adoption. Comme d’hab, c’est un film sur l’enfance et pourtant ce sont les jouets qui vont grandir à la fin.

Il y a même presque un discours proto-communiste sur la valeur des jouets abandonnées — ne sont-ils pas à tous les enfants ? N’est-ce pas encore plus noble que d’appartenir à un seul enfant ? — mais n’oublions pas que chaque gamin doit acheter sa peluche Forky à la sortie du film donc le sujet intéressant et subversif est quand même bien vite atrophié pour se concentrer sur des motivations un peu plus artificielles et classiques de Pixar ; les <cette année: jouets> ont des sentiments, le saviez-vous.

Mais le film m’épate, disais-je, et c’est qu’ils ont pondu un des scripts les plus ambitieux de l’histoire du studio, avec un nombre d’allers-retours et changements de rythme et échelles d’enjeux colossal pour un film d’animation. D’habitude, la structure d’un film Pixar est franchement assez facile à cerner, mais cette fois les groupes se forment et se déforment constamment, avec des enjeux à chaque fois clairs mais évolutifs, des scènes d’exposition super efficaces mais des persos plus nuancés et des rapports de force dynamiques. En plus, le film est pétri de décors aux ambiances et échelles différentes, avec un nombre de sets colossal malgré une unité de lieu finalement assez compacte, et généralement une direction artistique au top malgré une représentation plus réaliste que les univers d’Incredibles 2 ou Coco.

Je me souviens avoir vu ou entendu à l’époque de la sortie que Buzz ne sert plus à grand chose dans cet épisode, mais je ne suis pas d’accord avec le reproche. Justement, une grande force du film est de savoir donner une place à chaque perso et justifier le temps de caméra de chaque groupe, tout en sachant se concentrer sur les véritables protagonistes de l’intrigue. Le traitement de Bo Peep la bergère, personnage franchement accessoire dans la première trilogie, est particulièrement réussi et Keanu Reeves arrive encore une fois à piquer la vedette avec ses deux scènes et demi.

C’est tout l’inverse des nouveaux films Star Wars qui font n’importe quoi avec leurs castings pléthoriques et embourbés dans les personnages-doublons, et je me demande amèrement ce qu’aurait donné la nouvelle trilogie Star Wars si le Pixar s’était occupé de leur développement narratif. En tout cas, Toy Story 4 est un film d’aventure bien plus dynamique et épique que les tribulations de Poe et Rey au pays de la Force.

Je lui préfère quand même Coco, et je me demande notamment si le script n’est justement pas trop ambitieux pour sa vocation première de divertir les jeunes enfants. Arrivent-ils à suivre et s’intéresser aux enjeux du scénario de Toy Story 4 ? Le retour des parents du forum m’intéressent.

En tout cas, ça fait longtemps que je n’ai pas vu les autres épisodes de Toy Story mais je suis en train de me demander si c’est pas un cas assez unique de série dans laquelle chaque suite aura été meilleure que l’épisode précédent.

군함도 The Battleship Island

J’étais à Séoul cette semaine et je suis tombé à la télévision sur ce pamphlet un poil pompier de 2017 (gros succès populaire apparemment) contre la brutale exploitation des travailleurs forcés coréens par l’Armée de l’Empire Japonais à Gunkanjima dans les dernières heures de l’Occupation. J’ai trouvé ça assez jouissif de transgression populiste et de théâtralisation du dépassement de soi.

Le début est un peu plan-plan tire-larmes genre l’Occupation c’est mal, la Prison c’est très dur, les Gamins c’est fragile etc. Heureusement, ça bascule progressivement dans le nawak quand le film se transforme en nanar d’évasion avec pléthore de figurants et des scènes qui semblent beaucoup s’inspirer des péplums des années 60 ; notamment la scène des bougies qu’on voit brièvement à 1:20 ci-dessus, et qui marque le tournant du film à la fois du point de vue de l’intrigue mais aussi dans la vista de la mise-en-scène.

Dès lors, le film prend une autre envergure avec des scènes aux compositions plus ambitieuses, des angles et mouvements de caméra inventifs, une photo absolument magnifique et clairement bénéficiaire des lentilles HD, et des exagérations dans la direction d’acteurs qui collent beaucoup mieux avec l’ambiance chaotique du dernier tiers de l’intrigue. J’ai fini par passer un super moment.

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Ca me fait repenser à la campagne promo de Traffic de Soderbergh qui mettait en avant les changements d’ambiance en associant une couleur à chaque intrigue. J’avais du mal à saisir l’intérêt de mettre ce point en avant vu que ça n’avait rien de nouveau au cinéma, ni même au théâtre où on utilise des gélatines pour faire la même chose en temps réel. Je ne me rends que maintenant que Soderbergh s’occupait lui même de la photo sur ce film (sous un pseudonyme).

Pour rebondir sur la photo dans les films, je m’étais pris le livre " Conversations avec Darius Khondji", recueil de photos et d’interviews sur l’un des plus célèbres directeurs de la photo en activité (qui, de mémoire, cite aussi le travail effectué par Vittorio Storaro sur Le conformiste parmi ses principales influences). Il a notamment bossé à plusieurs reprises avec David Fincher, James Gray, Jean-Pierre Jeunet ou encore Woody Allen. On ne reconnaît pas forcément son style au premier coup d’oeil, mais son travail est très souvent remarquable, ce qui, selon le point de vue, est une bonne ou une mauvaise chose. Certains considèrent qu’un bon travail sur l’image ne doit pas se faire remarquer, sous peine de faire sortir le spectateur du film et lui faire prendre conscience qu’il assiste bel et bien à un spectacle. Bien que m’étant déjà senti impliqué dans film, je ne l’ai jamais été au point d’en oublier que je regardais du cinéma, mais j’avoue que je suis plus sensible au style de Fincher qu’à celui de Gray ou de Jeunet et que j’ai du coup tendance à préférer le taf de Khondji sur les films de Fincher ; ce dernier est lui même un maniaque de l’image, mais je pense qu’il maîtrise la mise en scène et ses histoires au point d’égaler (et par là-même de niveler l’ensemble vers le haut) la “remarquabilité” de la photo de son chef op.

C’est mieux.

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Le miracle de la Sainte-Épine, c’est le cas de le dire !

Je pense que les animations du perso auraient changé quoi qu’il arrive (cela devait être sur le planning original des animateurs) mais progrès bluffant sur ses expressions, au delà du nouveau design.

Je me demande si au final tout ca n’était pas juste un gros coup de promo déguisé.