Le topic des reviews ciné

Spoiler sur spoiler



Même si je n’ai à l’évidence pas vu le film sous le même angle que toi (je suis beaucoup moins hésitant sur ses qualités), je partage pas mal d’idées que tu as développé ci-dessus sauf :

Déjà au secours (la grille de lecture post-moderne à propos d’un film ancré à la fin des 60’s qui n’est jamais un commentaire du monde actuel). Si tous les films traitant de toutes les époques doivent désormais flatter la sur-sensibilité de l’époque contemporaine, on n’est vraiment pas rendus.

pointant le rôle ingrat de Margot Robbie (Sharon Tate), dont les lignes se comptent sur les doigts des deux mains, alors qu’elle constitue le fil rouge du film, et que son importance historique dépasse très largement celle du long-métrage.

Le film s’effondre sans ce personnage (surtout les 45 dernières minutes) et son intrigue est implicite parce qu’on est censés arriver en salle et déjà connaitre son histoire sur le bout des doigts contrairement à celle de Rick et de Cliff. Le film est de toute façon bien moins bavard que la moyenne des Tarantino.

En fait, Rick rêve de faire la connaissance de Tate (et surtout Polanski) et on ne voit pas bien par quel miracle il pourrait intégrer son cercle tant elle est différente de lui. Il en rêve non pas pour sa plastique (il n’en a littéralement rien à foutre, trop occupé à surnager entre ses cuites et ses rôles ingrats) mais parce qu’elle - et Polanski - lui donnerait accès à un monde qui n’est pas le sien, le cinéma d’auteur face au cinéma d’après-guerre bas du front qu’il incarne et relancerait une carrière au point mort.

Je n’ai jamais constaté à aucun moment que c’était une potiche : elle est libre, flotte sur le film, vis sa vie comme elle l’entend, choisi ses relations comme n’importe quelle femme moderne de cette période etc. Certes, elle n’est pas vraiment incarnée (la scène du mec de Homeland qui parle d’elle, Rick et Cliff qui parlent d’elle…) parce qu’elle est davantage une évocation puis un cadre pour l’épilogue.

Cet aspect est d’autant plus frappant que je n’ai pas souvenir, à part peut-être dans Boulevard de la Mort , que je n’ai pas revu depuis longtemps et dont j’ai un souvenir assez flou, de plans aussi dégoulinants de désir masculin sur des corps féminins dans d’autres longs-métrages de Tarantino.

Effectivement, c’est bien plus le cas dans Death Proof de mémoire.
Pour Once Upon, je n’ai rien vu d’affligeant ou de dégoulinant qui ne servirait pas directement le propos du film. Et s’il y a une tension sexuelle entre Cliff (50 ans +) et Pussycat (16 ans mas o menos), elle est désamorcée après une minute de conversation dans la voiture.

Il n’y a jamais aucun malaise metoo entre les personnages dans le film, c’est ce qui est donné à voir qui peut - ou pas - provoquer le spectateur (ce que je trouve très fin).

Mais j’étais beaucoup trop en 2019 pour l’apprécier

Précisément.

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Note que 1/ je ne suis moi-même pas sûr d’être d’accord avec moi-même 2/ les grilles d’analyse préétablies ou toutes faites me gavent également. Cela étant, on vit dans son époque, et certaines choses auxquelles je n’aurais pas été sensible avant, ou différemment, je le suis désormais. C’est d’ailleurs relativement normal, et ce serait étonnant de s’offusquer qu’un regard puisse évoluer à propos d’un film qui parle essentiellement de changement d’époque.

Ceci étant dit, sur la critique féministe, je ne l’invente pas, cf

Et la manière dont sont filmées les deux personnages féminins principaux, ce n’est que ça, du male gaze, avec plans ouvertement fétichistes ou voyeurs (bordel, ce gros plan sur le mini-short de la nana censée être mineure, au secours). Et je n’achète pas l’excuse “non mais ça se passe en 1969” : Tarantino est beaucoup trop intelligent pour ne pas savoir ce qu’il fait, et ça clignote à tel point qu’on est clairement dans un choix assumé.

Par ailleurs, on ne parle pas de n’importe quel réalisateur, mais de celui qui a eu pendant 20 ans comme producteur et ami Weinstein, et a été accusé dès les premiers jours du scandale d’avoir été complaisant ou aveugle avec lui. Du coup, dans ce contexte, difficile de ne pas lire le film comme une réponse à MeToo. Par ailleurs, je pense que c’est même comme ça qu’il est plus intéressant, en prenant la double lecture possible de son titre, once upon a time in Hollywood, qui ne précise pas de quelle période d’Hollywood il parle.

Son film marche, et à la réflexion, c’est probablement ce qu’il a de plus astucieux, parce qu’il est en permanence en trompe-l’oeil, oscillant entre machisme d’un autre temps et postures au contraire très modernes, et j’en viens à me dire que c’est à mélanger les deux qu’il s’est le plus amusé.

Spoiler

Je veux dire, si on résume l’intrigue, c’est l’histoire d’un homme (fictif) accusé de féminicide qui empêche un féminicide (historique) ; et d’un vieil acteur ringard qui accède au ciné indé en ayant maltraité une enfant dans une scène. Par ailleurs, Tarantino n’a attendu personne pour mettre en scène des personnages féminins forts et vengeurs (Kill Bill, Inglorious Basterds, pour ne citer qu’eux), donc faire reposer la résolution d’un féminicide historique sur un personnage masculin, caricature du mâle alpha, tueur de femme, c’est tout sauf innocent. Tout ancrée dans les années 1960 que soit le scénario, cela reste un film de 2019, et qui en joue. Sans doute aussi que Tarantino savait qu’il serait attendu sur ce côté là, et il y a dans OUATIH aussi bien de quoi choquer volontairement (encore une fois, ce male gaze poussé à la caricature, et qui de manière très prévisible, a choqué) comme de quoi contourner ce discours.

On peut d’ailleurs se demander à quoi aurait ressemblé le film s’il était sorti avant l’affaire Weinstein. Si j’en crois wiki, Tarantino avait une première version du scénario prête en 2017, et il a changé de producteur pour les raisons que l’on sait. L’avenir (et des making of) nous le dira, mais il est assez probable que le film soit un assemblage de scènes écrites avant et après l’affaire-Weinstein, ce qui explique aussi pourquoi il semble aussi difficile à lire sur la question.

Ceci étant, j’ai beaucoup aimé, hein ! Juste, j’ai du mal avec les plans fétichistes et je suis un peu mystifié par la démarche de Tarantino.

A noter que le film suscite également la polémique en raison de sa représentation moqueuse de Bruce Lee.

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SPOILS

Oui, ça paraissait assez clair à la lecture de ton post et c’est notamment ce qui a rendu sa lecture intéressante. J’ai vu pour Bruce Lee mais apparemment, il aurait bien déclaré qu’il se serait farci Ali d’après Tarantino. Et vu le souci du détail du bonhomme comme en atteste cette critique de Boogie Nights où il explique que PTA a menti sur le fait que le personnage de Burt Reynolds est bien calqué sur Gerard Damiano… J’ai tendance à le croire.


Merci pour l’article. Je vois que tu adhères à certaines idées - male gaze, théorie comme quoi Cliff serait raciste - qui y sont développées.

Prenons les choses dans l’ordre :

vous serez peut-être tenté.e.s

Ça commence bien.

les femmes sont montrées la plupart du temps à moitié nues et pieds nus alors que les hommes ont tout à fait trouvé des affaires à porter. Et même des chaussures.

“Et même des chaussures” !

C’est faux : le plan de Brad Pitt torse nu - j’enlève mon t-shirt lentement par le haut car je transpire - en train de bricoler l’antenne sur le toit, quelques plans sur ses fesses aussi.
Ah, ce fameux “male gaze”…

Le personnage de Pussycat (sic) est particulièrement intéressant puisqu’un long dialogue nous apprend qu’elle est mineure

Le fait qu’elle soit mineure est simplement deviné par Cliff (sans confirmation même si on s’en doute bien). L’actrice qui joue ce rôle a 24 ans sinon, info utile.

ce qui n’empêche pas de l’hypersexualiser

Elle a des bleus partout, des poils sous les bras et une hygiène manifestement aléatoire : je n’appelerais pas ça de l’hypersexualisation mais un portrait authentique du type de jeune fille qu’elle incarne, non ?

Il se trouve que le personnage de Cliff Booth, interprété par Brad Pitt, a assassiné sa femme.

Faux, on ne le sait pas. C’est suggéré lors d’une scène très drôle mais ce n’est jamais confirmé.

En France, plus de 90 femmes ont été assassinées par leur compagnon ou ex-compagnon rien que cette année. En Belgique, 15 femmes sont mortes en 2019 à cause de la violence des hommes, souvent ceux qui leur sont le plus proche.

Toujours sympa d’utiliser un film pour étayer sa vision de la société.

Il s’agit d’un film de Tarantino, on ne s’étonnera donc pas qu’il soit violent.

Il s’agit d’une eau qui bout : on ne s’étonnera donc pas qu’elle soit à 100 degrés.
Toute la violence est concentrée dans les dernières minutes et je place Once Upon tranquillou dans le top 3 de ses films les moins violents…

Il faut dire que le duo passe son temps à cracher sur le mouvement hippie, une attitude qui résonne drôlement en 2019 où les militant.e.s écologistes doivent encore supporter pas mal d’insultes également et que le film nous place du côté des gens qui insultent, les vrais (anti-)héros de l’histoire, tellement attachants.

That’s a stretch… Totalement à côté de la plaque. Ils insultent les hippies parce qu’ils sentent bien qu’ils sont dépassés par cette nouvelle génération. Leur attitude est aussi drôle que pathétique.

Le sexisme tue, le racisme tue et le cinéma est politique.

Amen.


Spoiler

Aussi et surtout parce qu’il a cramé dans sa piscine une membre de la Manson Family et que ses voisins (donc Sharon Tate) ont entendu du bruit…

Vraiment, je ne te suis pas là-dessus. Je suis même persuadé que c’est une lecture qui ne survivra pas à l’épreuve du temps et l’ampleur/l’ambition du film dépasse largement ce sujet.

Je ne vais pas répondre point par point sur l’article, ce serait fastidieux, et pas bien utile, vu que je le trouve pas mal à l’emporte-pièce sur certains points. Par contre, ça serait bien de mettre une vraie balise spoiler pour masquer le texte, la fin du film est explicitement à poil en plein topic là :slight_smile:

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Allons bon, Matrix 4 annoncé.

Je suis old de 95 ans, mais je m’en voudrais de ne pas partager avec vous ce court-métrage d’animation soviétique sous champignon hallucinogène de 1924.

Je n’aurai pas l’outrecuidance de prétendre avoir tout compris (dommage, j’aurais bien glissé une balise spoiler), mais on perçoit je crois ici assez bien à quel point Walt Disney et le celluloïd ont fait un mal terrible et définitif - assassins ! - à ces premiers cartoons faits littéralement de bric et de brac (du stop motion avec des collages ? Mais quels génies ces Soviets !).

(Dingue la croix gammée, je ne pensais pas que le parti nazi était connu au point de figurer parmi les ennemis du peuple soviet à peine 4 ans après sa création).

Celui est un peu violent avant d’aller se coucher (la syncope de la bobine me tue les yeux) mais je l’enregistre pour plus tard. Ça me donne envie de retourner explorer l’animation de 1910-1940, on y trouve tellement de formes et d’idées…

Je te relance avec un de mes films préférés, du motion-design de 1924 aussi. Diagonal-Symphonie est la seule oeuvre cinématographie achevée de Viking Eggeling, mort en 1925. Je donnerais cher pour voir la version WIP de son Horizontal-Vertikal-Messe (en collaboration avec Hans Richter, grand monsieur du collage ciné, si tu aimes ça, voir son Rythmus 21).

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Un des premiers gros contenus exclusifs du service Disney+ à sa mise en service cet automne sera Lady & The Tramp, un énième remake ultra-réaliste ultra-pas nécessaire.



Autre salle, autre ambiance chez la crèmerie d’en face avec El Camino.

A titre perso, la meilleure nouvelle concernant le service Disney +, c’est l’arrivée des “bonus DVD” :

Si ça force Netflix a faire de même, ce serait ça de gagné. Et je ne parle par des publicité style Enter the Anime.

En tout cas, Disney+ avec son prix d’entrée minus et son catalogue de fond super puissant va clairement tailler des croupières à Netflix. Je me demande comment Apple va réussir à justifier l’existence d’Apple TV+ (et les milliards investis dedans)

Disney+ qui a aussi sa série Star Wars, The Mandalorian. Dans l’idée, ça me branche plus que l’origin story de Han Solo ou le nouveau jeu de Respawn.

Mais pour recoller au sujet du topic, je mentionne Star Wars car…

Episode VII : En fait l’important c’est de revenir aux fondamentaux de la première trilogie Star Wars, limite papier calque.
Episode VIII : Syke! Niquez vos mères les fans avec votre mythologie de schnocks ! Punk rock !
Episode IX : Non mais on déconne, revenez c’est le grand musée des souvenirs.

Je crois que je suis fatigué par Star Wars. Mais il y a de jolis plans dans le nouveau film.

Ah, j’avais vu le nom The Mandalorian, je croyais que c’était un spinoff sur un méchant d’Iron Man ou de Captain America.
C’est qui dans Star Wars, pour mérier un spin off ?

C’est un méchant secondaire culte de la trilogie originale, ou plus exactement un nouveau perso faisant partie de la même caste / « classe de perso » que ce méchant-là, qui avait été malheureusement massacré dans la seconde trilogie avec des origines bidons (donc impossible de l’utiliser).

Comme d’habitude avec cette série, les fans s’étaient construits tout un univers fantasmé autour d’un perso nommé Boba Fett qui n’apparaissait que cinq minutes à tout casser dans les trois films canoniques, avant que les fameuses « préquelles » ne lui donnent un passé officiel nul à chier mais canonique selon les règles imposées par Lucas à la vente de l’IP (interdit pour Disney de nier les informations filées dans les six premiers films). Du coup, les responsables de cette nouvelle série ont manifestement créé un ersatz de Boba Fett qui permet de créer des histoires collant avec ce que fantasmaient les fans à l’époque.

Imagine si soudainement le prochain KOF trahissait les attentes des fans concernant le passé et la personnalité de Iori Yagami en le présentant comme un type gaffeur et rigolo, et que dix ans plus tard SNK sortait un nouveau spin-off appelé « The Yasakani » qui tentait de rétablir la mythologie du perso avec des scènes cools et des clins d’œil à Miss X dedans, sauf que le perso s’appelle Tori Sagami et que, genre, c’est un cousin éloigné de Iori Yagami. C’est un peu ça que tu viens de voir.

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Je viens juste de regarder le trailer de The Mandalorian apres avoir vu le lien des dizaines de fois depuis ce week-end. Je m’attendais a un star wars sans surprise et avoir Herzog dedans c’est quand meme une bonne surprise qui a son petit effet.

Merci de l’explication, la comparaison Iori est claire comme de l’eau de roche.
Pffff, décidément, Star Wars… Jamais compris.

Mais il est joué par Pedro Pascal. Donc c’est un bonus quand même.

Prendre l’avion est aussi un excellent moyen pour rattraper son retard ciné, j’ai du m’en enfiler 6 en tout mais j’en ai vraiment retenu 2 :

Avengers (le final) : ahah je déconne, que ces films sont boursouflés et difficiles à digérer, ça doit pas être facile à faire hein, mais le résultat ne laisse aucun gout dans la bouche, alors qu’a l’opposé j’ai adoré les gardiens de la galaxie 2 \o/, voilà comment on fait du cinéma, il y a un vrai background, de vrais blagues, les personnages sont épais, on a envie de creuser le lore, c’est superbement réalisé, du très beau travail. Vivement le 3.

J’ai également beaucoup aimé Vice d’ Adam McKay, qui raconte la montée en puissance de Dick Cheney, même si on en sort avec une déprime un peu plus grosse qu’avant quand on se rend compte de l’impact que peut avoir un seul homme sur le monde entier, et qu’on est complètement impuissant pour faire changer les choses.

Once Upon A Time In… Hollywood

Les galères d’un acteur has-been et de son imperturbable pote doublure-cascadeur dans le Hollywood de 1969 en pleine révolution sexuelle et culturelle.

Pas mal de scènes assez chouettes, surtout en caisse (on sous-estime beaucoup le rapport de Tarantino aux bagnoles, c’est souvent ses meilleurs scènes). Tarantino a un talent extraordinaire pour sexualiser ses personnages ; Robbie et Qualley sont vraiment pfouyayayaya pendant tout le film, Brad Pitt aussi. Les acteurs jouent bien. La musique est top. Les références cinéphiles sont sans surprise délicieuses. La chienne est cool, même si j’ai trouvé assez parlant que ce soit littéralement le seul perso féminin qui ne mette à aucun moment les deux protagonistes en danger physique, économique, juridique ou émotionnel. J’ai beaucoup plus aimé les deux passages citant des films de zombies pour les « confrontations » avec les hippies que tout le reste du film. J’ai bien envie de revoir OUATIH, ou plutôt les différentes scènes de OUATIH, comme on mange du pop corn ; un plaisir coupable dans les bonnes circonstances. Ça vaut surtout le coup pour sa reconstruction fétichiste du Los Angeles de 1969.

Mais sinon j’ai trouvé le film un peu pauvre, peut-être parce qu’il cite et s’amuse bien plus qu’il ne construit quoi que ce soit. J’en sors surtout assez déçu tant l’ombre d’Inherent Vice assombrit le tableau. Impossible au bout d’une grosse demi-heure de me sortir de la tête le film de PTA qui faisait presque tout mieux avec des thèmes étonnamment proches. Si vous comptez bien, cela veut dire que j’ai passé environ deux heures à souffrir de la comparaison. Et à froid, je repense d’avantage ce week-end à Inherent Vice qu’à OUATIH. Ça ne devrait pas fonctionner comme ça…

Le seul truc qui me fait tiquer a posteriori concernant le film de Tarantino, et au sujet duquel je ne trouve pas de discussions à ma légère surprise, c’est sa décision de ne jamais montrer l’équipe de tournage. C’est clairement volontaire : la note d’intention est épinglée dès la scène de l’entretien TV avec les deux larrons au début et le plan / contre-plan illogique. Je me demande si c’est un simple souci logistique, un choix esthétique ou quelque chose de plus profond. Mais je crois que le détail en dit beaucoup sur le film et les préoccupations de Tarantino.

天気の子 / Weathering with You

(Je n’ai pas trouvé le titre français.) J’ai eu l’occasion de voir le nouveau Shinkai avec @Nuage il y a quelques jours. L’intrigue est encore une fois un mélange de conte fantastique romantique et de shintoïsme : dans un Tokyo assommé depuis plusieurs mois par des pluies diluviennes, un ado en fugue de sa campagne tombe sur une jeune fille capable de calmer les éléments et de faire réapparaître quelques rayons de soleil à la demande. Les deux décident d’en faire un petit business, sans se douter des conséquences.

Honnêtement, je m’attendais à un Kimi no na Wa-bis et je suis soulagé que le film soit un peu plus ambitieux, un peu plus casse-gueule. C’est peu dire que tout ne fonctionne pas ; il y a plein de problèmes dans le script, certains fils de l’intrigue semblent laissés sur le chemin et on a l’impression de voir l’adaptation contrariée en long métrage d’un manga beaucoup plus long. (Dommage que Netflix n’ait pas allongé les thunes pour en faire une mini-série.)

A peu près tous les « antagonistes » au sens large — disons plutôt les barrières humaines sur le chemin des héros — sont débiles et incompétents jusqu’à l’absurde quand ça arrange bien le film. Impossible aussi de rester concentré sur l’intrigue quand les contraintes théoriques de l’univers présenté semblent parfois ne faire aucun sens et oublient s’attarder sur des problèmes logistiques fascinants mais dont Shinkai semble n’avoir rien à secouer.

Spoiler

A la fin du film, que foutent tous ces gens à Tokyo ? C’est mignon de montrer les bateaux ayant remplacé les trains JR, mais il y a plein d’autres problèmes !? Comment Tepco fournit ces immeubles en électricité ? Comment gère-t-on les vivres ? Il devrait y avoir des recrudescences de maladies, un retour de la malaria, des tonnes de moustiques ? Pourquoi est-ce que l’île du héros n’est pas submergée également ? J’ai des millions de questions. C’est débilissime. C’est bien trop gros pour être balayé d’un revers de la main. C’est littéralement ta gueule c’est magique!, en plus.

Mais le grand succès du film, c’est son Ma Tokyo Shinkai au firmament : son porn urbain glorifié par un budget infini et un nombre mirobolant de collaborations et droits d’image accordés au film. 90% des marques et immeubles sont les vrais ; les musiques sont les vraies ; les néons et enseignes sont les vrais ; les paquets de putain de chips sont les vrais. On n’a jamais vu un dessin animé reproduire avec autant de fidélité la réalité photographique d’un certain moment d’un pays, et au delà des considérations de publicité intrusive, c’est assez jouissif.


Deux films qui gagnent beaucoup à être vus avec une bonne connaissance de la ville qu’ils mettent en scène, donc. C’était déjà le cas de Parasites à Séoul. Bonne année cinématographique pour la critique urbaniste.

The Fanatic, un nouveau chef d’œuvre en perspective. La critique divulgâche l’intrigue du film mais je n’ai pas l’impression que ce soit un gros problème pour en apprécier le visionnage.

Si vous voulez bachoter les 19 dernières années de cinéma, The Guardian a de quoi en stock. J’ai du en voir un bon gros tiers.

Je suis pas évidemment pas d’accord avec certains choix, mais There will be Blood, Moonlight et Boyhood tout en haut, c’est du solide. In the Mood of Love moins. Son of Saul et Leviathan auraient dû par contre être dans le top 10 pour moi, surtout le premier.

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